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Adolescentes exploités sexuellement

« DÉPROGRAMMER » LES FUGUEUSES

La série Fugueuse a mis en lumière la difficulté de faire réaliser aux « Fanny » de notre société qu’elles se font manipuler par leur pimp. Dans la « vraie » vie, des éducatrices en centre jeunesse tentent de leur ouvrir les yeux. Mais la partie n’est pas gagnée.

CAROLINE TOUZINLA PRESSE

ADOLESCENTES EXPLOITÉES SEXUELLEMENT

http://www.assezdudpj.com/magestion/page/edit/?id=1985&new=1

« JE PENSE JUSTE À ALLER LE REJOINDRE »

CAROLINE TOUZINLA PRESSE

Emma*, 14 ans, les bras croisés, le regard profond, le dit sans détour : elle « pense juste à aller le rejoindre ».

Celui qui lui donne envie de fuguer de nouveau, c’est son proxénète. Dans sa tête, c’est son amoureux.

Nous sommes dans la seule unité d’encadrement intensif pour filles du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est. On nous demande de taire le nom de la ville où se situe le centre pour la sécurité des adolescentes. Trop de proxénètes rôdent déjà autour.

Plusieurs adolescentes placées ici ont été extirpées d’un réseau de prostitution. Ou encore sont des recruteuses. Toutes sont très vulnérables. Leur placement sous garde varie de quelques semaines à quelques mois, selon leur cheminement.**

« Parfois, elles nous arrivent en talons hauts. Sous leur manteau, elles ont juste un string, décrit l’éducatrice Cindy Venne. La police les a cueillies à leur descente du stage [du bar de danseuses]. »

LES PROGRÈS D’EMMA

Emma a fait des progrès depuis son premier séjour ici, à 12 ans.

Douze ans. C’est l’âge où elle a commencé à se prostituer.

« Par amour », croit-elle fermement.

« Au primaire, personne ne s’intéressait à moi. J’étais rejet. Il est le premier à s’intéresser à moi. Je m’en câlisse de ce qu’il fait dans la vie. Il me fait du bien. »

— Emma lors d’un atelier de réadaptation auquel La Presse a assisté

Aujourd’hui, à 14 ans – « Presque 15 » –, Emma commence à s’ouvrir les yeux.

Lorsqu’il passe des nuits à jouer à des jeux vidéo pendant qu’elle enchaîne les clients dans une chambre miteuse, on est loin du conte de fées.

L’adolescente concède qu’elle n’est pas « toujours » bien avec lui.

« Je les vois, les lumières rouges, mais je ne peux pas décrocher de lui », poursuit la jeune fille, dont la fragilité crève les yeux.

UNE « PIZZA » JETABLE

Si Emma voit désormais les « lumières rouges » dans sa relation avec son pimp/amoureux, c’est grâce au projet « Mia n’est plus à vendre ».

Ce programme novateur – conçu par Cindy Venne et sa consœur Marie-Maude Viens – est composé de neuf ateliers durant lesquels on multiplie les « techniques d’impact » pour secouer les filles.

L’idée, c’est de semer le doute dans leur esprit sur l’exploitation sexuelle dont elles sont victimes. Et de les amener à voir les signes de danger – les fameuses lumières rouges – avant qu’il ne soit trop tard. Sans jamais leur faire la morale.

Dans un atelier, les filles visionnent le documentaire Le commerce du sexe d’Ève Lamont, dans lequel un policier affirme qu’on peut faire venir une escorte « comme on commande une pizza ».

Puis, les éducatrices composent avec les ados une pizza imaginaire. Les ingrédients : poids de la fille, âge, couleur de la peau. « Qu’est-ce qu’on fait une fois qu’on a mangé la pizza ? », demande Mme Venne. « On jette le carton aux poubelles », répondent les filles.

L’éducatrice lance alors avec fracas un carton dans la poubelle du local.

Ce soir-là, après l’atelier, les ados partageront une pizza.

*La loi nous interdit de nommer les adolescentes dans ce reportage. Leurs noms sont fictifs, leurs histoires ne le sont pas.

**Leur cas est réévalué de façon régulière par la Direction de la protection de la jeunesse – au maximum après 30 jours. Si elles ne représentent plus un danger pour elles-mêmes ou pour les autres, elles peuvent sortir de l’encadrement intensif et être placées dans une ressource moins stricte.

ADOLESCENTES EXPLOITÉES SEXUELLEMENT

« JE M’EN SORS OU JE MEURS »

CAROLINE TOUZINLA PRESSE

Les centres jeunesse du Québec (qui relèvent désormais des CISSS) ont un programme, depuis une dizaine d’années déjà, pour prévenir le recrutement de jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle par des gangs de rue.

Le projet s’articule autour d’une bande dessinée – Le silence de Cendrillon (on l’a vue dans la série télé Fugueuse).

Sauf que ce programme ne répond pas aux besoins des filles en encadrement intensif qui ont déjà le bras dans l’engrenage, expliquent les éducatrices Cindy Venne et Marie-Maude Viens du CISSS de la Montérégie-Est. 

Et surtout, Le silence de Cendrillon ne correspond plus à la réalité, selon ces éducatrices d’expérience. Le pimp fait rire les fugueuses tellement il est caricatural.

On n’y voit pas de recruteuses – un phénomène de plus en plus présent. Et on n’aborde pas de front certaines étapes de recrutement, comme le viol collectif (gangbang), qui sert à désensibiliser les filles, ni le danger des réseaux sociaux (LE lieu de recrutement actuel).

En 2013, Mmes Venne et Viens ont décidé d’adapter Le silence de Cendrillon au vécu des filles en encadrement intensif. Petit à petit, « Mia n’est plus à vendre » – qui s’articule autour d’une BD beaucoup plus crue – est né. Les deux éducatrices souhaiteraient aujourd’hui exporter leur programme dans le reste de la province.

« TU N’ES PAS CONNE »

Au début, Mia vit une « lune de miel » durant laquelle Joseph la fait sentir comme une « star ».

« La lune de miel, c’est de la marde. Ça dure pas. Je me sens conne », lâche Emma en lisant la BD dans le cadre de cet atelier auquel La Presse a été invitée.

« Tu veux croire les belles choses qu’on te raconte ; te sentir aimée et protégée. Ce n’est pas être conne, ça », intervient son éducatrice, Mme Venne.

« Oui, au début, tu vis la vie que tu as toujours voulue », ajoute une autre jeune participante, Élyzabelle qui, elle, a recruté d’autres filles.

La lune de miel est de courte durée. Les filles tournent les pages de la BD en ayant l’impression de lire leur propre histoire. Au fil des pages, elles découvrent toutes les stratégies déployées par le pimp pour les manipuler. Certaines ont la gorge nouée par l’émotion.

Voir Mia – accroupie dans la salle de bains d’une chambre de motel miteux à 4 h du matin après avoir eu une dizaine de clients dans sa journée – rappelle de douloureux souvenirs à Stéphanie.

La dernière fugue de l’ado de 17 ans a duré deux mois. Une éternité durant laquelle elle a été séquestrée, violée et battue par plusieurs hommes.

« Je calais du GHB comme de l’alcool. Ce n’était jamais assez fort. J’ai dissocié mon vagin de ma tête. J’étais juste un vagin. »

— Stéphanie

Stéphanie, qui fait encore des terreurs nocturnes des mois plus tard, avait réussi à se sauver de ses bourreaux et errait dans le métro de Montréal lorsque les policiers l’ont retrouvée pour la ramener au centre.

Intoxiquée, elle songeait à se lancer devant le train. « J’avais atteint le fond, décrit-elle. Je me suis dit : je m’en sors ou je meurs. »

Certaines filles qui atterrissent en encadrement intensif sont en stress post-traumatique.

L’autre jour, une ado qui prenait l’air dans la cour clôturée du centre a fait une crise de panique après avoir aperçu un véhicule noir au loin. Elle a dû rentrer d’urgence dans le bâtiment. L’ado avait été séquestrée dans une voiture du même genre par son proxénète.

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TRAITÉES COMME DES ESCLAVES

CAROLINE TOUZINLA PRESSE

Dans un autre atelier, les éducatrices leur montrent l’horaire de travail « typique » d’une jeune prostituée qui fait une quinzaine de clients – en plus d’aller danser nue dans un bar – en une journée.

Stéphanie confirme que ce n’est pas exagéré.

« Une fois, j’ai dit à mon chum que je voulais prendre une pause de quelques jours. J’étais fatiguée, raconte-t-elle. Il m’a répondu que c’était lui qui avait besoin de vacances parce qu’il travaillait fort pour me booker des clients. Moi, fallait que je continue. »

On leur montre ensuite une petite éponge ronde. « Quand les filles ont leurs règles, elles doivent continuer à faire des clients quand même. C’est ça qu’on leur donne », leur lance une éducatrice en brandissant l’éponge en mousse.

« J’ai une amie qui s’est ramassée à l’urgence à cause de ça. L’éponge ne sortait plus », confirme Stéphanie.

La recruteuse Élyzabelle fait une moue de dégoût.

L’ado de 17 ans fournissait des filles à son « chum ». « Dans ma tête, c’était juste une job. Je ne voulais pas savoir ce qui arrivait aux filles après », explique-t-elle.

Un jour, lors d’un viol collectif, elle a bloqué la porte d’une chambre pour empêcher une amie d’enfance qu’elle avait recrutée de se sauver.

C’est en suivant les ateliers de « Mia » – avec une dizaine d’autres filles victimes de violence sexuelle – qu’elle a compris tout le mal qu’elle avait pu causer.

« Si je pouvais reculer, je ne ferais pas les mêmes choix », assure-t-elle aujourd’hui.

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EMPLOI PRÉCÉDENT : PROSTITUÉE

CAROLINE TOUZINLA PRESSE

Une ado qui s’était pourtant libérée de l’emprise de son pimp est revenue voir son éducatrice Marie-Maude Viens récemment avec une mauvaise nouvelle.

« La jeune est allée porter plein de CV, mais aucun employeur ne l’a rappelée. Elle n’a pas d’expérience de travail dont elle peut parler. Elle a l’impression qu’elle ne vaut rien », se désole l’éducatrice.

Découragée par ses démarches infructueuses, la jeune fille lui a annoncé qu’elle retournerait « faire des clients ».

« Déprogrammer » les filles et leur donner des outils pour se reconstruire n’est pas une tâche facile.

Même après avoir suivi les ateliers, les adolescentes vont parfois fuguer à nouveau. Fugues lors desquelles elles retournent dans les bras de leur pimp.

Bien souvent, « on ne fait pas le poids » par rapport aux promesses que leur font les proxénètes, décrit l’éducatrice Cindy Venne.

« La fille doit réaliser par elle-même qu’elle est exploitée. Ça peut être long. Elle a parfois besoin de retourner voir son pimp pour valider certaines choses. »

— L’éducatrice Cindy Venne

Les deux éducatrices n’ont pas la prétention de pouvoir toutes les sauver. « Vaudrait mieux changer de job », dit Mme Venne. Mais elles ne jettent jamais l’éponge pour autant.

Lorsqu’une fille revient en encadrement intensif après une énième fugue en leur confiant que – cette fois-ci – les « lumières rouges » ont allumé plus vite, c’est l’équivalent d’une victoire.

Au dernier atelier, les éducatrices remettent aux filles un étui à maquillage qui contient un miroir de poche dans lequel sont dissimulées les coordonnées de ressources d’aide. « Le pimp n’y voit que du feu », souligne Mme Viens.

Emma confirme qu’elle le garde toujours sur elle. « C’est ma sécurité », dit l’ado fragile dont le plus récent placement en encadrement intensif vient de se terminer.

L’ado de 14 ans est désormais placée en garde ouverte où les occasions de fuguer sont plus grandes (l’encadrement y est moins strict). La tentation de retourner se jeter dans la gueule du loup est forte. Très forte.

LA FUGUE EN FAITS SAILLANTS

Hausse du taux de fugues en centre jeunesse

2012-2013 : 91,8 fugues par 100 jeunes hébergés

2015-2016 : 117,9 fugues par 100 jeunes hébergés

Au total :

2012-2013 : 6420 fugues

2015-2016 : 6693 fugues

Au cours de l’année 2015-2016, les jeunes fugueurs en centre jeunesse ont principalement fugué une fois (34,2 %) ou à deux ou trois reprises (26,3 %). Ceux qui ont fugué entre quatre et neuf fois représentent un peu plus du quart des fugueurs (27,3 %), tandis que ceux qui l’ont fait plus de dix fois sont minoritaires (12,2 %)

18,9 %

Les fugues de longue durée, soit celles de plus de 72 h, représentent moins du cinquième de l’ensemble des fugues.

15,4 ans

Moyenne d’âge des jeunes fugueurs des centres jeunesse

43 % sont des filles

Un phénomène surtout dans les grands centres urbains

CISSS de l’Outaouais : 221,8 fugues par 100 jeunes hébergés

CISSS de la Montérégie : 140,1

CISSS de Laval : 135,2

CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal : 133,7

CIUSSS de la Capitale-Nationale : 111,9

CISSS de la Gaspésie : 13,2

39 % des victimes de proxénétisme sont des personnes d’âge mineur, bien que celles-ci ne soient évidemment pas toutes hébergées en centre jeunesse.

Ressource pour les parents : www.jeunesenfugue.ca

Source : Institut national d’excellence en santé et en services sociaux et Portrait provincial du proxénétisme et de la traite de personne

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