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La DPJ ferme les yeux sur les enfants réellement en danger:

Enfants maltraités par un pasteur et ignorance volontaire de la DPJ: la Commission des droits de la personne enquêtera

Enfants maltraités par un pasteur: la Commission des droits de la personne enquêtera

Fotolia

http://www.journaldequebec.com/2015/10/02/enfants-maltraites-par-un-pasteur-la-commission-des-droits-de-la-personne-enquetera

QUÉBEC – La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a ouvert une enquête sur les mauvais traitements qu’un pasteur baptiste aurait infligés pendant plusieurs années à des enfants qu’il gardait prisonniers dans son sous-sol.

«La Commission entend faire toute la lumière sur cette situation et vérifier si les droits des enfants ont été respectés», a déclaré vendredi le vice-président de la CDPDJ, Camil Picard, responsable du mandat jeunesse.

L’organisme qui veille à la protection des droits de l’enfant s’inquiète notamment d’apprendre que ces cas de maltraitance auraient été signalés à la directrice de la protection de la jeunesse de Québec (DPJ) en 2013, mais que cette dernière aurait fermé les dossiers.

Le quotidien La Presse a révélé cette semaine qu’un pasteur baptiste de Québec aurait séquestré de jeunes garçons dans son sous-sol durant de nombreuses années.

Les enfants avaient été confiés au pasteur par des fidèles de l’église évangélique baptiste de Québec-Est. Ils étaient constamment roués de coups au visage et à l’abdomen et souffraient de malnutrition.

Quebec

MISE à JOUR

Plusieurs garçons ont été gardés prisonniers d’un pasteur baptiste de Québec pendant plusieurs années, au cours desquelles ils ont été battus et maltraités dans un sous-sol d’un quartier résidentiel de Québec, rapporte mercredi le quotidien La Presse.

http://www.journaldequebec.com/2015/09/30/prisonniers-dun-pasteur-de-quebec-pendant-plusieurs-annees

Le pasteur en question est actuellement au centre d’une enquête criminelle au Service de police de la Ville de Québec.

Les sept jeunes victimes, qui ont subi un véritable enfer, ont été confiées à l’homme par leurs parents, des fidèles de l’Église évangéliste baptiste de Québec-Est jugés incapables d’assumer la garde de leurs enfants.

Les jeunes garçons ont subi des violences et des traitements inhumains en plus de ne jamais quitter le sous-sol du logement jumelé, excepté pour des cérémonies religieuses, rapporte La Presse.

L’un deux, alors âgé de 15 ou 16 ans, a été forcé d’effectuer «8000 redressements up-and-down au cours d’une seule journée, sans boire ni manger». Cet exercice, plus connu sous le nom de burpee, consiste en une extension des bras (push-up) et un saut dans les airs. En plus d’être privé de repas sur de longues périodes, le jeune homme aurait passé six ans dans le sous-sol du pasteur.

Un autre jeune garçon aurait été prisonnier du pasteur pendant «plus de 10 ans», sa consommation d’eau étant rationnée de façon sévère. Il a d’ailleurs été forcé de passer «près de 41 jours» debout face à un mur, selon La Presse.

L’une des victimes, qui a réussi à s’échapper en août 2014, a qualifié sa détention «d’esclavage» et de «torture».

En entrevue avec le quotidien montréalais, Gilles Lapierre, directeur général de l’Association d’églises baptistes évangéliques du Québec (AEBEQ), a confié que le pasteur ne fait plus partie des réseaux religieux officiels depuis plusieurs années.

L’homme possède des antécédents de maltraitance, selon un jugement de la Cour du Québec dévoilé en avril dernier.

MISE à JOUR

«Il encourageait mes parents à me battre chaque fois que c'était nécessaire pour que je sois un bon Chrétien. Mon enfance a été détruite par lui et son Église.»

http://www.journaldequebec.com/2015/09/30/mon-enfance-a-ete-detruite-par-lui-et-son-eglise

Ancien fidèle de l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, Elliot (nom fictif) a tout de suite su que le pasteur soupçonné d’avoir battu et maltraité plusieurs enfants dans son sous-sol ne pouvait être que le leader religieux qu’il a lui-même connu, alors qu’il était gamin.

«Il était tellement extrême. C’est carrément le gourou, il dirige tout, il impose ce qu’il faut faire à tout le monde. C’était super encadré, on n’avait aucun accès au monde externe. Quelqu’un qui est né là-dedans ne sait pas qu’il y a autre chose qui existe», lance découragé le jeune homme, aujourd’hui âgé de 25 ans et libéré de cette emprise.

Depuis 2000

La Presse révélait mercredi que le pasteur en question faisait l’objet d’une enquête policière pour avoir frappé à coups de poing et privé de nourriture plusieurs garçons qu’il gardait captifs chez lui, à Québec. Ces derniers lui étaient confiés par leurs parents, des fidèles. Privés de tout contact extérieur, ils ne quittaient le sous-sol du jumelé que pour assister aux cérémonies religieuses.

Elliot est familier avec la pratique, lui qui a connu le pasteur alors qu’il n’avait que six ou sept ans, au début des années 2000, après que sa mère et son beau-père se soient joints aux rangs de l’Église évangélique baptiste de Québec-Est. Pendant deux ou trois ans, ils ont fait deux heures de route tous les dimanches pour assister aux sermons du pasteur, à Québec. Puis, ils roulaient pendant deux autres heures pour rentrer à la maison.

«Mes parents sont un peu fanatiques, ils cherchaient toujours quelque chose d’extrême, de contrôlant. Ça leur plaisait bien ce qu’il y avait à Québec. Ils sont considérés comme extrêmes, mais ils sont moins pires que le pasteur, lui, c’était débile», lance-t-il.

Peur

Déjà à cette époque, des gamins de l’Église séjournaient chez le leader religieux. «Il avait un grand sous-sol, il leur faisait l’école à la maison, il les élevait comme un bourreau. C’était incroyable comment il les élevait. Quand tu les regardais, c’était la peur dans leurs yeux qui les faisait avancer», se souvient-il.

Il se rappelle notamment d’un jeune garçon, blême et frêle, qui résidait chez le pasteur. «On le voyait les dimanches à l’Église. Il ne parlait à personne et avait l'air d'un zombie, ses parents l'avaient confié au pasteur pour en faire un bon chrétien. Il avait des plaques, de la croute, du sang sur les mains. Il était maigre. Mais il se tenait comme un soldat et il avait à peu près six ans. Ça faisait peur.»

Son propre frère, son aîné de quatre ans, a gouté à la médecine du présumé bourreau. «Il était rebelle un peu et je l’admirais. Je voulais être comme lui, il m’inspirait. Mais quand on a commencé l’église à Québec-Est, mon beau-père avait décidé de l’envoyer passer du temps chez le pasteur. Il est revenu, un mois ou deux après, il était complètement changé. Il était un parfait Chrétien. Je ne l’ai plus jamais reconnu, j’avais perdu mon modèle», se désole-t-il.

Battu

Elliot n’a jamais été battu ou maltraité par le pasteur. Mais le mal a été fait autrement, lui qui a été frappé à maintes reprises par son beau-père, «encouragé et motivé» par les discours du leader. «Les deux ont un genre de power trip, ils voulaient tout contrôler. Mon beau-père suivait les doctrines et les exemples du pasteur», dit-il.

De ce qu’il se souvient, le pasteur lisait des versets de la Bible et les interprétait pour qu’il devienne clair que les parents devaient toujours ramener les enfants dans le droit chemin. «Et la bonne façon de le faire, c’est en nous frappant. Il parlait même des outils qu’il utilisait. Il vendait des espèces de trucs de caoutchouc pour nous frapper. Mais mon beau-père s’était fabriqué un bâton en bois», lance-t-il, résigné.

La famille d’Elliot a quitté l’Église quelques années plus tard, à la suite d’un différend religieux entre le leader et ses parents, qui se sont trouvés une autre religion «extrême». Les coups n’ont toutefois pas cessé. À 15 ans, le garçon en a eu assez. Il a fuit la maison avec son petit frère de 13 ans.

«On était supposé se faire battre encore ce soir-là et on avait décidé de se sauver, en bicycle à pédale. On n’est jamais revenu, on a pédalé pendant trois heures, on a appelé notre grand-mère qui est venu nous chercher. Elle a appelé la police et on a été placé dans des foyers d’accueil», résume-t-il.

Aujourd’hui, Elliot, athée, garde des séquelles psychologiques profondes. Il chemine toutefois. «Je suis un survivant. J’ai dû faire ce qu’il fallait pour sortir de là», termine-t-il.

Enquête se poursuit

Le Journal s’est rendu à la résidence du pasteur, dans le secteur de Neufchâtel, où l’on entrevoyait de la lumière à l’intérieur malgré les rideaux tirés et les stores baissés. Personne n’a répondu à la porte. Une femme a toutefois décroché le combiné, lorsque Le Journal a tenté de joindre le pasteur par téléphone. «Non merci», a-t-elle simplement répondu, avant de raccrocher.

L’enquête se poursuit du côté du Service de police de la Ville de Québec. «Il y a des preuves à analyser, des gens à rencontrer. C’est à suivre», affirme la porte-parole, Marie-Eve Painchaud.