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Seul au monde après la DPJ

L’organisme doit continuer à s’occuper de jeunes après leurs 18 ans. Le nombre de jeunes qui quittent la DPJ pour ensuite sombrer dans la prostitution ou se retrouver à la rue est si élevé qu’on les encadre maintenant même après leurs 18 ans.

Seuls au monde

Grâce à son éducatrice, Raphaël a réussi à se trouver un appartement où il déménagera, dans quelques jours, à sa sortie de la DPJ

JOURNAL DE MONTRÉAL, PUBLIÉ LE: DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012

SARAH-MAUDE LEFEBVRE @

http://veritejustice.files.wordpress.com/2012/11/seuls-au-monde-faits-divers-et-judiciaire-actualitc3a9-le-journal-de-montrc3a9al.pdf

«Moi, c’était clair dans ma tête qu’à mes 18 ans, je sortais avec mes deux sacs de poubelle pour m’en aller directement dans la rue.»

Raphaël (nom fictif) est «seul au monde». Hébergé en centre jeunesse depuis sa petite enfance, il redoutait fort l’arrivée de sa majorité, persuadé qu’une vie d’itinérance l’attendait.

Des cas comme celui de Raphaël, l’Association des centres jeunesse du Québec en a vu beaucoup. C’est d’ailleurs pourquoi le Programme qualification des jeunes (PQJ) a vu le

jour, en 2008, pour épauler jusqu’à 19 ans les jeunes qui se retrouvent complètement seuls à leur sortie de la DPJ.

Payer de sa poche pour des jeunes

Le Journal a rencontré Raphaël un mois jour pour jour avant ses 18 ans, dans son petit logement au sous-sol d’une ressource d’hébergement communautaire.

C’est son éducatrice, Louise Cyr, qui l’a aidé à trouver un endroit où vivre à peu de frais.

«On a fait le tour des organismes communautaires pour son ameublement et on s’organise comme on peut. Les anciens éducateurs de Raphaël lui ont donné beaucoup de choses :

une table, des chaises, un micro-ondes. Ma propre fille m’a donné un grille-pain pour que je l’offre à Raphaël», explique Mme Cyr.

Autonomie

Cette dernière lui rend visite plusieurs fois par semaine pour l’aider à développer son autonomie.

«Samedi, je vais rentrer travailler pour cuisiner avec Raphaël des plats qu’il pourra congeler et manger durant la semaine.»

«Je lui montre comment faire une épicerie, calculer son budget, cuisiner sans se brûler. Je l’ai fait pratiquer pendant une heure avant qu’il se présente à une entrevue pour un

emploi dans une pharmacie», raconte Mme Cyr.

Louise Cyr est la seule personne avec qui Raphaël a des contacts réguliers.

«Je parle encore des fois au père de la famille d’accueil qui m’a hébergé quand j’avais quatre ans, mais c’est tout. Je n’ai pas vraiment d’amis», avoue Raphaël.

Cela fait maintenant plus d’un an que ce dernier se prépare avec son éducatrice à son départ de la DPJ.

«Sans elle, je n’aurais pas su où aller.

À mon centre jeunesse, les trois quarts des garçons stressent beaucoup quand ils réalisent que leur majorité arrive. Mais ils n’osent pas le montrer», lance Raphaël.

«Beaucoup de jeunes sont dans la même situation, renchérit Louise Cyr. Personne ne les attend à leur sortie de la DPJ. Ils sont seuls au monde. Normalement, avec ce

programme, on les suit jusqu’à leurs 19 ans, mais personnellement, je suis encore en contact avec beaucoup de ces jeunes.»

Pour Raphaël, c’est une nouvelle vie qui commence, avec tout ce que ça comporte d’espoir et d’embûches.

«J’ai pas grand-chose de rêve dans la vie, confie-t-il. Mais, au moins, pour la première fois de ma vie, j’ai mon chez-nous. C’est déjà un début.»

Un avenir sombre

C’est en réalisant qu’une bonne proportion de jeunes de la DPJ se dirigeait vers l’aide sociale que l’Association des centres jeunesse du Québec a décidé de mettre sur un pied un

programme pour ces ados qui ont un «avenir sombre».

«Ce ne sont pas tous les jeunes qui quittent la DPJ qui sont vulnérables. Mais certains ont un avenir plus sombre que d’autres et il faut les aider.»

Amélie Morin dirige le Programme qualification des jeunes (PQJ), qui a été instauré dans tous les centres jeunesse du Québec en 2008, et qui a pour but d’épauler les jeunes de la DPJ à leur majorité.

«Selon une étude réalisée à la fin des années 1990, 71 % de nos jeunes qui faisaient une demande à l’aide sociale à 18 ans vivaient toujours de cela, 10 ans plus tard», explique

Mme Morin.

Pensée magique

Actuellement 500 places sont disponibles pour le PQJ au Québec et 320 devraient être ajoutées d’ici 2014.

«On suit ces jeunes de l’âge de 16 à 19 ans. Notre rôle est de les préparer à la vie courante: trouver un appartement, un emploi, faire son épicerie, etc. S’ils ont un trop grand retard académique, on peut, par exemple, les orienter vers une formation professionnelle», détaille Mme Morin.

«Ces jeunes se retrouvent seuls, sans famille capable de les accueillir. À 18 ans, ils sont dans la période de la pensée magique. Ils pensent que la liberté va régler tous leurs

problèmes. L’itinérance, la prostitution ou les gangs de rues peuvent être tentants pour un jeune afin d’assurer sa survie. Nous, on est là pour faire dévier leur trajectoire.»