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Les visages de la fugue

La disparition non résolue du jeune David Fortin a braqué les projecteurs sur les fugues d'adolescents. Bon an, mal an, on recense autour de 5000 fugues au Québec. La majorité sont très courtes: après 24 heures de révolte, le jeune rentre chez lui. Cependant, d'autres s'évanouissent carrément dans la nature: la répression policière et l'émergence des gangs de rue ont fait en sorte que les fugueurs disparaissent de plus en plus de l'espace public.

Katia Gagnon
La Presse

Publié le 22 mars 2009 à 07h33

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/national/200903/22/01-838981-les-visages-de-la-fugue.php

Il y a un an et demi, Jean Larivée a reçu un appel de son ex-femme. Leur fils de 15 ans avait quitté le domicile de sa mère. Il avait laissé une note. «Je pars. N'appelle pas la police.» Les parents, paniqués, ont immédiatement composé le 911. La police a retrouvé Mathieu quelques jours plus tard dans une autre ville.

«J'aurais voulu le kidnapper, le garder dans un sous-sol et défaire le lavage de cerveau qu'il avait reçu de ses amis dans la rue», raconte le père, qui a encore les larmes aux yeux en évoquant cet épisode.

Jean Larivée avait pourtant tout fait pour protéger son fils à l'adolescence. Il a payé des tuteurs privés pour l'aider à l'école. Il a déménagé dans une banlieue cossue. «Je voulais m'assurer d'être le plus loin possible des éléments du centre-ville de Montréal.»

Mais la révolte de l'adolescence précisément poussé Mathieu chez les jeunes de la rue, pour qui son père manifestait le plus grand mépris. Après sa fugue initiale, Mathieu est reparti. Il a vécu dehors tout un été. Il a été squeegee, il a mendié pour manger, a pris de la drogue.

Des jeunes comme Mathieu, qui fuient une famille sans histoire, représentent la majorité des 5163 cas de fugue recensés au Québec en 2007. Ces fugues sont généralement très courtes : les deux tiers se règlent en moins de 24 heures. Rapidement, les jeunes se heurtent à la dure réalité de la rue et retournent chez eux.

L'organisme En marge 12-17, qui offre un service d'hébergement d'urgence aux mineurs, reçoit plusieurs de ces fugueurs chaque semaine. Dans le vieil immeuble de la rue Christophe, en plein coeur du centre-ville, la peinture s'écaille et les planchers craquent. À l'étage, où les murs sont couverts de graffitis complexes, on aménagé une chambre où trois lits attendent les jeunes en quête d'un toit.

«Plusieurs de ces jeunes sont en fugue, ils ne font pas partie de la rue. Souvent, quand on leur explique exactement ce que c'est, être dans la rue, ils se réveillent. Ils se disent: ouais, ça va mal chez nous, mais c'est 100 fois mieux qu'être ici», explique Eduardo Alvarenga, intervenant de nuit à En marge. Généralement, ces jeunes retournent à la maison d'eux-mêmes, assez rapidement. Non sans avoir vécu, au passage, des expériences difficiles.

Des enfants de bonne famille

Durant ses semaines d'errance, le fils de Jean Larivée a été témoin de scènes de violence. Il a fait des badtrips avec de la drogue de mauvaise qualité. Mais il a fini par rentrer au bercail. Il a repris l'école. «J'envisage l'avenir de mon fils avec optimisme. Alors qu'avant, c'était no future.»

Mathieu a accumulé du vécu et son père a lui aussi beaucoup appris. Il a fréquenté les groupes mis sur pied par l'organisme En margepour les parents de fugueurs afin qu'ils partagent leurs expériences et leurs difficultés.

«On a le réflexe de penser que les jeunes en fugue sont toujours issus de milieux défavorisés. Or, ce n'est pas du tout le cas», souligne Anne Charpentier, qui anime ces rencontres. Les parents participants sont souvent issus de la classe moyenne supérieure. Anne Charpentier se souvient encore de l'appel de cette fille de 13 ans, tombée sous la coupe d'un gang de rue, dont les parents professionnels étaient riches et vivaient dans une villa de rêve.

Dans les locaux d'En marge 12-17, ces jeunes fugueurs de bonne famille côtoient cependant une autre clientèle, qui, elle, expérimente la rue depuis belle lurette. Comme Isabelle, 17 ans, assise en ce dimanche soir dans la cuisine aux murs verts de l'immeuble de la rue Saint-Christophe. Lorsqu'elle a débarqué dans la chambre de dépannage de l'organisme, elle avait des maux de ventre. On l'a emmenée voir un médecin. Diagnostic: enceinte de deux mois. Elle souffrait aussi de deux infections transmises sexuellement.

Isabelle a quitté la maison de sa mère il y a bientôt deux ans, après avoir été placée dans des ressources de la Direction de la protection de la jeunesse pendant plusieurs années. «Je voulais vivre ma vie», dit-elle. Son sourire coquin est encore celui d'une enfant. Mais quand elle raconte son histoire, on voit à quel point Isabelle est loin de l'enfance. Elle a vécu un peu partout, chez des amis, dans des squats. Elle a travaillé comme escorte pendant quelques mois.

Maintenant, elle a trouvé un havre à En marge pour le prochain mois. L'organisme offre cinq lits d'hébergement à plus long terme afin de sortir des jeunes comme Isabelle de leur vie d'errance. Isabelle veut trouver un appartement supervisé, poursuivre sa grossesse et, éventuellement, trouver un emploi.

Les Centres jeunesse touchés

Dans le salon qui jouxte la cuisine, où trônent des canapés au cuir défraîchi, Pat joue à l'ordinateur. Il trouve le site de son groupe préféré et sa chanson phare, qui ne contient que deux mots: fuck et shit, répétés sur tous les tons. Pat est lui aussi un enfant de la DPJ: il est placé depuis qu'il est tout petit. Il a fait le tour des ressources, jusqu'au centre sécuritaire, d'où il ne cessait de fuguer. Toujours, il se retrouvait au centre-ville. «J'étais écoeuré des règles. Je prenais du bon temps.»

«Les jeunes pris en charge à long terme par la DPJ sont une clientèle vraiment problématique. Ils finissent par haïr les cadres, les centres et, en même temps, ils sont incapables de fonctionner sans ça», observe Sylvain Flamand, de l'organisme Dans la rue, qui a aussi ouvert une ressource d'accueil pour les fugueurs de 12 à 21 ans. Le refuge a été baptisé «le bunker» par les jeunes.

M. Flamand estime que la DPJ doit entreprendre une réflexion sur ces jeunes hébergés à long terme, à qui, selon lui, on nie des expériences essentielles aux adolescents, par exemple la sexualité. «En niant le développement du jeune à ce chapitre, on précipite la fuite», dit-il. Les chiffres du Centre jeunesse de Montréal sont en effet impressionnants: 567 fugues en 2008 seulement. Et il est d'autant plus facile de s'enfuir que la loi bannit désormais les portes verrouillées de la plupart des centres.

Pourtant, depuis 10 ans, les fugues des centres d'hébergement ont diminué. Les intervenants ont opéré un virage majeur dans leur attitude face aux jeunes fugueurs. «On a beaucoup travaillé sur le sens de la fugue. Avant, on était plus en réaction. On a complètement changé notre façon d'accueillir les jeunes après un épisode», souligne Anne Lauzon, de la Direction des services à l'enfance et à l'adolescence.

«Il faut évoluer un peu sur la définition de la fugue», renchérit Claude Villeneuve, du centre jeunesse Bas-Saint-Laurent. «Un adolescent qui finit de travailler à 21h30 et qui n'est pas revenu à minuit un 23 juin, s'il n'est pas suicidaire, je ne le déclare pas en fugue. Il est probablement en train de faire la fête avec ses amis», dit-elle.

Au cours de sa longue carrière, qui s'est déroulée en région mais aussi à Montréal, Claude Villeneuve a géré des dizaines de cas de fugue. Vingt ans plus tard, elle se souvient encore comme si c'était hier de l'histoire de cette jeune dont les parents habitaient l'Abitibi. Dominée par un problème de drogue, la jeune a fui à Montréal après avoir dévalisé la maison parentale. Bijoux, fourrures: elle a tout pris. Les parents ont dû porter plainte à la police contre leur fille.

«Le père est parti de l'Abitibi. Il est descendu à Montréal avec des amis. C'étaient des chasseurs: ils étaient tous armés. Ils ont trouvé la jeune. Très amochée. Tête rasée. Tatouée de partout», raconte Mme Villeneuve. Un an et demi plus tard, elle était transformée. En visite au centre d'hébergement le jour de l'anniversaire de sa fille, son père a mis un billet de 100$ sur la table. Un cadeau qu'il a immédiatement repris, avec le commentaire suivant: «Je pense qu'on va commencer à rembourser ta mère.»

NDLR: Hormis ceux des intervenants, tous les noms ont été changés.